Pas un acteur du paddock de la Formule 1 ne souhaite revivre la saison 2007. Certes, elle fut riche en suspense, mais aussi ternie par les affaires d'espionnage qui ont opposé les équipes Ferrari et McLaren-Mercedes, et par la sale ambiance née de la terrible rivalité qui s'est fait jour au sein même de l'écurie McLaren entre le double champion du monde Fernando Alonso et Lewis Hamilton.
Aujourd'hui, alors que les premiers essais du Grand Prix d'Australie (1) se sont déroulés la nuit dernière à Melbourne, l'Espagnol est reparti chez Renault avec des ambitions revues à la baisse. L'Anglais, lui, est attendu au tournant de sa deuxième saison et s'avance comme l'un des candidats au titre mondial. Mais le super favori de ce début de saison est le Finlandais Kimi Räikkönen qui possède, sans doute, avec la Ferrari la meilleure arme pour défendre sa couronne. L'imperturbable «Ice man» devra toutefois se méfier de son propre équipier, le Brésilien Felipe Massa.
Après trois années de disette, la saison 2007 sera celle du retour d'un pilote français au sommet du sport automobile. Sébastien Bourdais hérite d'une voiture de la saison dernière au sein de la petite écurie Toro Rosso qui ne demande qu'à grandir. Un exploit au volant d'une telle monoplace vaudra à coup sûr au Français d'être «drafté» par une équipe plus huppée. Une autre écurie espère elle aussi s'inviter dans la course des grandes : rachetée par un milliardaire indien, l'équipe Spyker devenue Force India a pour objectif de s'extraire du fond du peloton pour se rapprocher du podium. Las, les estrades sportives ne comportent depuis des lustres que trois marches. Pas une de plus.
Cette nouvelle saison est aussi celle de tous les espoirs pour les amateurs de spectacle qui attendent que la suppression de nombreuses aides au pilotage (lire ci-contre) redonne toute son importance à l'adresse et au talent du pilote.
Les pilotes
Lewis Hamilton C'est l'année de tous les dangers pour le prodige anglais. Après une première saison tonitruante chez McLaren aux côtés d'Alonso, il n'a déjà plus qu'une alternative : décevoir ou gagner le titre. A 23 ans, il peut encore devenir le plus jeune champion du monde de l'histoire de la F1 (en 2005, Alonso avait 24 ans) à condition de faire, cette saison, un sans faute absolu.
Kimi Räikkönen Champion du monde en titre, le Finlandais est désormais comme chez lui chez Ferrari et sera redoutable au volant d'une monoplace qui s'annonce comme la plus compétitive de ce début de championnat à la lecture des tests de l'inter-saison. Cette année, le plus grand danger pourrait venir de son propre camp, avec la soif de revanche de Felipe Massa, frustré de n'avoir pu défendre ses chances jusqu'au bout en 2007.
Fernando Alonso Il revient ! Le Messie est de retour au bercail Renault. Et avec l'Espagnol à nouveau sous son toit, l'équipe française espère retrouver un peu de son lustre de 2005-2006. Une époque pas si lointaine où Alonso et Renault avaient accumulés plusieurs victoires et deux titres mondiaux. Sauf miracle, cette année l'Asturien devra se contenter de saisir les opportunités qui passeront à portée de son formidable coup de volant.
Sébastien Bourdais Avec les trois premiers Grands Prix de la saison loin de la vieille Europe, le premier pilote français titularisé en F1 depuis la retraite d'Olivier Panis en 2004 va échapper - un peu - à la pression médiatique. Mais les espoirs placés sur les épaules du quadruple champion de ChampCar (un championnat nord-américain de monoplace) sont sans doute démesurés eu égard à la modeste monoplace (Toro Rosso) que va piloter le Manceau déjà âgé de 29 ans.
Trois débutants à suivre
Outre le «rookie» Sébastien Bourdais, trois nouveaux pilotes seront au départ dimanche à Melbourne. Timo Glock a certes disputé quatre Grands Prix en 2004 chez Jordan mais c'était dans le rôle de l'intérimaire. Cette fois, l'Allemand de 25 ans, tentera de redonner des couleurs à Toyota.
Le Japonais Kazuki Nakajima sera la curiosité de ce début de saison. Il n'a disputé qu'un Grand Prix (le dernier de la saison 2007) mais a déjà démontré qu'il est rapide.
Héros ou zéro, voilà ce qui guette le jeune Nelson Piquet Jr (le fils du champion du monde 1981, 1983 et 1987). Il a tout à perdre en débutant sa carrière comme équipier d'Alonso, d'autant que Renault ne lui laissera sans doute pas la possibilité de venir troubler l'Espagnol.
Les voitures
Moins d'électronique, plus de feeling
Les modifications du règlement technique pour 2008 sont peu nombreuses mais spectaculaires. Désormais, les pilotes de Grand Prix devront se passer de la plupart des assistances au pilotage, à commencer par l'antipatinage qui jusque-là dosait automatiquement la puissance transmise aux roues arrière dans les phases d'accélération à la sortie des virages. C'est donc à nouveau la sensibilité des pilotes qui fera la différence. Les courses sous la pluie s'annoncent indécises, voir rocambolesques. Les rois du volant seront également privés des puces savantes qui prévenaient le blocage des roues arrière au freinage ce qu'ils devront compenser par des réglages adaptés et une attaque plus circonspecte de la pédale de frein. Toujours dans l'idée de redonner son importance à leurs réflexes, les pilotes ne pourront plus compter sur les systèmes de départ automatique qui rendait l'envol des Grands Prix presque insipide et sans surprise. La notion de «départ raté» sera à nouveau au goût du jour. Pour tenter de mieux contrôler le respect de ces nouvelles contraintes, la FIA impose aux écuries l'utilisation d'un boîtier électronique unique (ECU pour Electronic control Unit). Petit détail qui aura son importance pour la stratégie de la course : il ne sera plus autorisé d'ajouter du carburant entre la fin des qualifications et le départ du Grand Prix. Enfin, les moteurs devront toujours résister à la torture de deux courses et les boîtes de vitesses devront tenir quatre Grands Prix.
Les circuits
Deux nouveautés
L'Asie est, avec le Moyen-Orient, le nouvel eldorado de la F1. Alors que la Malaisie dispose déjà, dans les faubourgs de Kuala Lumpur, d'un circuit et avant que l'Inde n'intègre le calendrier en 2009, Singapour a voulu marquer les esprits en se portant candidate à l'organisation d'une course au pied de ses gratte-ciel et en nocturne. Une double première qui sera le clou de la saison, le 28 septembre.
Après la Coupe de l'America, la ville espagnole de Valence mise sur la Formule 1 pour prouver son dynamisme et séduire les touristes. Afin d'accueillir le Grand Prix d'Europe (le 24 août), la troisième ville d'Espagne s'est dotée d'un circuit en ville proche du port qui promet d'être particulièrement spectaculaire et éprouvant pour les pilotes.